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   Namaste ! (Que vos qualités soient bénies et protégées des Dieux), les mains jointes : c'est la manière locale de saluer. Alalah !! Quelle joie immense d'être enfin au Népal !! Nous en révions depuis bien longtemps. Cette fois c'est bon, nous allons pouvoir nous poser quelques jours à Katmandou et passer Noël avec un couple d'amis francais : Vidian et Armelle. Pour tout vous avouer, après plus d'un mois au Tibet nous sommes vraiment contents de changer de monde, et maintenant il est temps pour nous de préparer Noël comme il se doit. Mais avant cela, petit retour sur la suite de nos aventures au Tibet !

ARTICLE 1/2 : ETAPE Shigatsé - Zanghmu

   Alors où en étions-nous ?? Ah oui, Shigatsé ! Cette ville du Tibet central où nous étions écoeurés par les têtes et carcasses de yacks sanguinolantes vendues dans la rue au pied même de notre guesthouse. Beurk ! Mais à part ces détails peu appétissants, la ville était sympa et nous avons pu y visiter de belles choses dont le monastère du Tashilumpo : résidence du Panchen-Lama depuis des siècles (deuxième illustre personnage du bouddhisme tibétain après le Dalai-Lama). Après avoir fait le plein de sommeil, de nourriture et... de snickers (oui il faut bien trouver des choses qui nous donnent des forces pour monter les cols), nous revoilà partis sur nos vélos pour de nouvelles aventures !

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Photo "de groupe" avec une statue grandeur nature d'un cycliste européen en VTT !

   Encore une fois nous nous retrouvons sur la route en toute illégalité, c'est à dire sans permis de séjour ni de circulation. Mais ni la police ni l'armée ne prètent attention à deux pauvres cyclistes en galère avancant doucement sous le poids de leur gros chargement. Pour l'instant, l'objectif est d'atteindre Sakya, une petite ville formée autour d'un monastère tibétain très important. Deux jours, un col et nous y voilà ; mais nous avons quand même bien lutté pour les dernières bornes. Il a fallu essuyer une tempète de sable qui nous a bien cassé les jambes, puis terminer en pleine nuit à la lampe de poche. Complètement épuisés, nous nous motivions mutuellement à coup de : "Penses qu'on ne dormira pas sous la tente dans le froid ce soir" ! Quelques lueurs nous laissaient apercevoir le village dans la pénombre. Titubant jusqu'à la chambre d'une petite guesthouse pourrie, nous nous effondrons dans un gros sommeil jusqu'au lendemain...

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   Réveil les jambes lourdes ! Aujourd'hui on glande, on flâne dans le village et on visite le monastère. C'est vrai que c'est encore un monument important de la culture tibétaine, mais franchement on commence à en avoir un peu raz-le-bol de tous ces temples : c'est toujours la même chose. Seul truc un peu "marrant" : la représentation du Bouddha protecteur, effrayant avec ses têtes de mort sur le crâne (cf. photo ci-dessous).

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   Evénement marquant de la soirée : la douche (cf. rubrique anecdotes et moments forts) : le grand luxe d'autant plus que les conditions d'hygiène au Tibet sont tout simplement déplorables ; très certainement parmi les pires du monde. Les toilettes sont toujours dans un état inimaginables, tout comme les cuisines... Pour la petite anecdote, nous étions en train d'attendre le plat de riz que nous venions de commander, la cuisinière mouche son enfant dans ses doigts et continue à préparer notre repas sans même se laver les mains... Bon appétit bien sur !!

   Mais revenons à nos moutons. Nous repartons donc le lendemain sous un grand ciel bleu pour 50 km de route jusqu'à Latsé. De la descente et du plat : facile ! Nous franchissons le cap fatidique des 5000 km depuis... Beijing. La borne en est témoin !

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   Demain nous nous attaquerons au plus haut col de toute la traversée. On sent que ca ne va pas être facile mais on se dit que finalement nous commencons à être bien adapté à l'altitude. Ca devrait donc le faire ! Une bonne platrée de riz et nous voilà sur la route. Coup de stress au passage du checkpoint tenu par des militaires chinois puis nous commencons à grimper. C'est pas facile ! Après 20 km, à 14h, nous nous arrêtons : trop de vent ! "Qu'est-ce qu'on fait ?" Extenués, on décide de planter la tente sous un pont passant juste sous la route (ca aussi, on commence à en avoir l'habitude). On est bien protégés du vent. C'est parfait, on attendra jusqu'au lendemain, que les conditions soient meilleures. La nuit, un froid glacial : sans doute plusieurs dizaines de degrés en dessous de 0. Mais le matin au moins, plus un souffle. Super ! On va enfin pouvoir se le faire, ce col de #### (censure). A ce moment-là, nous ne savions pas encore ce qui nous attendait. Il nous a fallu 10 km pour arriver en haut ; 10 km au cours desquels un vent des plus glacials s'est levé... Bienvenue dans l'Himalaya ! C'est la porte sur le Toit du Monde !!! Là, ca commence à être vraiment dur ! Au niveau du souffle ca va, mais le vent est tellement fort, qu'il nous glace jusqu'aux os et nous empêche d'avancer. Nous arriverons à l'altitude max de 5250 m après plusieurs heures de monté (pour 10 km) - pas étonnant quand on fait une pause de plusieurs minutes tous les 50 m.

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   La gorge brulée par le froid intense et très sec, les doigts des pieds et des mains congelés, nous voilà arrivés au top. Whaouh !!! Une vue imprenable sur l'Himalaya nous fait oublier, l'espace d'un instant, les douleurs infligées à nos membres meurtris par le froid. Les bouteilles d'eau gelaient en quelques minutes et nos gants, censés résister à - 15 degrés, n'empêchaient plus nos doigts de geler. D'ailleurs, un doigt de Renaud est devenu insensible - il faut le réveiller ! Une seule solution : le mettre au chaud au niveau de l'entre-jambe. Le sang revient mais là, ca fait carrément très mal ! Enfin, au bout de quelques instants, à l'abri du vent, on se sent un peu mieux. Bah maintenant il va falloir songer à redescendre !

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   5 km après le col, c'est la fin ; nous nous arrêtons ! Là, nous faisons face à un grave problème : ce sont nos parties génitales qui commencent à geler. Aie ! Matthieu, mal en point se tord de douleur. En plus, il nous reste 45 km à faire jusqu'au prochain village avec le vent de face, et nous ne pouvons plus boire car toute l'eau est gelée. Il n'est donc pas question de planter la tente, il faut trouver une solution immédiatement. La décision est vite prise : il faut arrêter un véhicule !

   Quelques longues minutes d'attente... Renaud fait de grands signes au passage du moindre tracteur, camion ou autre véhicule jusqu'à ce qu'un 4x4 de chinois s'arrête. Nous sommes sauvés ! Quelques difficultés pour mettre les vélos et le chargement sur le toit puis, tout serrés, nous dégustons ces quelques km au chaud dans la voiture. C'est quand même génial comme invention : c'est tellement plus rapide et moins contraignant !

   Le bilan de la journée n'est finalement pas très positif. Renaud est fiévreux : il a chopé une sale angine doublée d'une sinusite, et son pouce lui fait toujours mal. Il faut du repos... un jour et demi au plumard à boire de l'eau chaude dans une chambre glacée (oui car le chauffage n'existe pas dans cette région). Ce col nous a bien refroidi... dans tous les sens du terme. En tout cas, plus question de se rendre au camp de base de l'Everest en vélo : il y a des cols à plus de 5200 m et nous ne sommes plus en état de les grimper. Par chance, nous trouverons une Jeep de touristes chinois qui s'y rendait depuis Shegar, la ville où nous étions. Ni une ni deux, nous voilà embarqués pour l'Everest... Le Toit du Monde..., le voilà en personne !

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   Plusieurs minutes d'extase en silence au pied du géant qui a fait et fait toujours rêver tant de monde. 8848 m ! Il défie les cieux et domine le monde ! C'est complètement dingue et merveilleux à la fois ! Autour de lui, d'autres sommets comme le Lotsé et le Makalu culminent eux aussi à plus de 8000 m. Que dire ?? Rien, seulement contempler !

   Retour à Shegar : Renaud se sent un peu mieux. Demain nous reprenons la route pour Tingri : 62 km de plat. Ce sera le test ; si tout se passe bien nous passerons en vélo les derniers cols avant le Népal. Si ce n'est pas le cas, alors nous aviserons ! Nous ne voulons plus nous retrouver dans la même galère que pour le précédent col.

   La route qui s'annoncait très bien sur les 10 premiers km, d'autant plus que nous avons passé un gros checkpoint sans embrouille (alors qu'il était plus sérieux que les autres - cf. photo ci-dessous), s'est rapidement gatée. Le vent s'est levé, le sable s'est soulevé, et nous nous sommes pris ca dans la figure toute la journée. Il doit y avoir une théorie comme quoi quand on fait du vélo en montagne, quelque soit la direction dans laquelle on pédale on a toujours le vent de face. Que ce soit en monté, en descente, en allant vers le Nord, le Sud, l'Est ou l'Ouest, c'est systématique ! Alors pour un test, c'était plutot très médiocre. Le soir, nous étions complètement morts, sonnés par le vent et la gorge remplie de sable.

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   Voila ! Nous avons estimé qu'il aurait été trop dur de passer les deux derniers cols dans ces conditions de vent et de froid. On aurait pu se forcer à continuer mais ca n'avait aucun sens ; nous n'avons rien a prouver ! Alors nous avons cherché puis trouvé un bus chinois qui a accepté de nous prendre (avec vélos et chargements) sur les derniers km avant la frontière, kilomètres de piste défoncée et très poussiéreuse. Le trajet était long et le passage à travers la chaine himalayenne inoubliable. Mais le plus impressionnant a été cette descente en lacets vertigineux jusqu'à Zanghmu, ville-frontière avec le Népal ; imaginez une descente de plus de 110 km, qui depuis les sommets enneigés se jette au fond de la jungle népalaise. Avec plus de 4700 m de dénivelé, c'est sans doute une des plus grande descente du monde. Et dans cette descente, nous voyons la mort à chaque virage - il faut avoir le coeur bien accroché en passant à seulement quelques cm de précipices de plusieurs centaines de mètres, tout en confiant notre vie aux mains d'un conducteur fou qui s'amusait à déraper sur les plaques de verglas, à prendre des bosses qui nous envoyaient au plafond et à froler les camions qui montaient en sens inverse sur une route très étroite !

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   Zanghmu : "Regardes Matthieu, des arbres !" Yeepee !! Depuis le temps que nous n'avons pas vu une plante. On ne croirait pas mais un mois sans voir de verdure, ca crée un sacré manque ! Ca y est, on redescend sur Terre ! Demain, passage au Népal ; on exulte ! On commencait à en avoir assez des paysages désertiques, du froid, de la culture tibétaine, etc. Il est grand temps de passer à autre chose !

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ARTICLE 2/2 : ETAPE  Zanghmu - Katmandou

 La Terre Promise !! C'est comme ca que l'on voit le Népal. Le 17 décembre, c'est le jour J tant attendu ; cette fois nous allons vraiment sortir de l'Empire Chinois. Enfin !! 1er contact avec la culture népalaise : ces camions bizarres qui ressemblent à des camions de cirque. Ils n'ont rien de commun avec ce que nous connaissons. Colorés, personnalisés, aux formes étranges et aux klaxons mélodieux, ces camions ornent des slogans peints à la main du genre : "Slowdrive, longlife" ou encore "No girlfriend, no tension !". C'est des marrants ces népalais !

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   On se pointe donc à la frontière, le sourire aux lèvres et là... on se fait refouler. @#$%^&* ! C'est l'heure du déj ! Faudra attendre 2 heures avant que ca ouvre à nouveau. Ca y est, on peut y aller... c'est long : après un pseudo no-man's-land en lacets vertigineux de piste complètement défoncée, nous arrivons à un pont. C'est ici la réelle frontière avec militaires et contrôles de chaque côté. C'est un véritable Cafarnaum : des véhicules et rangées de personnes prenant le pont en direction de la Chine nous bloquent le passage. Passerons-nous ? Oui, grâce à quelques vieillards qui nous aident à porter nos vélos au dessus de la foule ; les gens s'écartent et laissent passer les deux occidentaux ! C'est incroyable, ce passage de pont suffit pour nous faire changer de monde... Les gens sont vraiment différents, de physique comme de tenue vestimentaire (très colorées : femmes en sari, la tenue traditionnelle indienne) ; les voitures aussi sont différentes, l'architecture des maisons etc. 15 km de vélo : c'est la distance que nous parcourerons dans la journée en roulant ... à gauche (comme toutes les anciennes colonies anglaises). 15 kilomètres de pur bonheur !

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   Cette Terre Promise... c'est la redécouverte des sens !!!

· Une végétation luxuriante verte (bananiers et plantes tropicales) pour nous en mettre plein la vue, tout comme les jolies népalaises.

· Le bruit des torrents et le chant des oiseaux.

· La chaleur du soleil qui nous caresse la peau à travers l'humidité légère de la jungle.

· Les odeurs de la forêt et des plantes tropicales.

· Mais aussi le gout de cette merveilleuse cuisine népalaise.

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   Nous nous arrêtons dans une petite guesthouse familiale fort sympathique. Les gens, très accueillants et chaleureux parlent un super anglais ; ca change de la Chine ! En plus c'est beaucoup moins cher... Après un excellent diner, bercé par le bruit de la rivière qui passait juste à côté, nous nous endormons pour une petite nuit de... 14h. Si nous avions parfois du mal à trouver le sommeil en altitude, maintenant c'est le contraire : nous dormons comme des loirs. Sans doute une conséquence de la grande quantité de globules rouges que nous avons développé au Tibet.

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   Pour info, nous avons 4h45 de décalage horaire avec la France ; les népalais ne font pas comme les autres décidément ! C'est sans doute une nouvelle manière de se différencier des indiens. C'est comme pour leur drapeau : le Népal est la seule nation du monde à avoir un drapeau qui n'est ni rectangulaire, ni carré.

   Casques sur la tête, on descend... une descente qui n'en fini pas au milieu d'une végétation de plus en plus dense. De ce fait, l'humidité ambiante est plus forte et nous transpirons. Enfin, nous ne nous en plaindrons pas : c'est tellement agréable de circuler en t-shirt alors que nous étions sur-couverts là-haut dans la montagne... La descente durera toute une journée pendant laquelle nous ne cesserons de nous émerveiller devant de tels paysages. Etre dans la jungle et voir les sommets de l'Himalaya en toile de fond : 100 % bonheur !!

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   Nous dormons tout en bas, à 540 m d'altitude. Cela veut dire que le lendemain, il faut remonter 1000 m de dénivelé. Et bah franchement, sans se vanter, on les a montés presque comme si c'etait du plat. Pas un seul essouflement, pas un saut de rythme cardiaque. Nickel... là aussi, on peut remercier nos globules rouges... Arrivés en haut, nous ne sommes plus qu'à quelques km de Baktapur, notre destination du jour. Il s'agit d'une ancienne capitale royale, avec un centre-ville médiéval magnifique. Nous y passerons deux jours avant de nous rendre à Katmandou, situé quelques 15 km plus loin.

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   Baktapur est une petite cité charmante, qui a su conserver un aspect médiéval fantastique. Le charme de cette ville se découvre en déambulant au hazard dans les petites ruelles, dont la plupart sont encore pavées de briques rouges comme dans le temps. C'est aussi une merveilleuse petite ville de paysans et d'artisans, parsemée de palais, de temples et de superbes demeures. Nous avons passé deux jours très sympas à circuler dans les petites ruelles, sur la place du palais royal au coucher du soleil, ou bien dans la principale rue commercante à marchander quelques souvenirs.

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   Nous avons relié en une petite heure Katmandou, point d'arrivée de notre voyage à vélo ! Les derniers km nous ont donné un avant-gout de la capitale : une circulation complètement folle, des népalais au volant plus dangereux que jamais (Il n'existe pas de code de la route dans ce pays), et un beau nuage de pollution ! Nous sommes arrivés à notre guesthouse, vraiment heureux, après 850 km de route. Vive le Népal ! Aujourd'hui, nous avons retrouvé Vidian et Armelle avec qui nous allons maintenant préparer et fêter Noël dignement !

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   Voilà, c'est donc ici que s'achèvent nos aventures en vélo. Un grand merci pour tous vos encouragements et vos messages qui nous font toujours autant plaisir. Il ne nous reste maintenant plus qu'à vous souhaiter à tous et à toutes un Très Joyeux Noël ainsi qu'une bonne nouvelle année. On vous embrasse bien fort !

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Eh oui ! Y a même des 2CV au Népal